Reportage

Le Social Bar : Le bar dont vous êtes le héros

Convivialité, solidarité et festivité : telle est la devise de cette nouvelle enseigne dijonnaise.

PARTAGEZ

C’est un poncif : les bars sont des hauts lieux de sociabilisation et de rencontres. Mais au Social Bar, ils en ont carrément fait un principe. Déjà en activité à Paris, à Strasbourg et à Saint-Ouen, l’un de ces troquets du turfu social et solidaire vient d’ouvrir à Dijon. On vous en explique le principe.

Bon, comme ça, à première vue, rien ne distingue le Social Bar d’un bistrot classique. Un comptoir, des fûts, des tables autour desquelles les clients papotent avec entrain, jusque-là tout est normal. Mais a bien y regarder il y a quelques détails qui étonnent : une malle à déguisements, un escape game pour ceux qui aiment réfléchir en étant menottés à un mur, une boîte à défis dans laquelle on peut piocher une idée et même dans le caveau : une salle de karaoké ! Bizarre, vous avez dit bizarre, mais alors c’est quoi au juste ce Social Bar ?  « C’est un laboratoire de convivialité, de solidarité et de festivité, explique d’emblée l’enthousiaste Éloïse Dubuet, gérante du Social Bar dijonnais. On va tout faire pour que les gens qui viennent ici y soient bien. » Après deux années de Covid, ces confinements interminables et ces restrictions sociales pénibles à supporter, on a besoin de nouvelles rencontres. Le Social Bar a bien compris cela, et tout est mis en œuvre pour que les clients et les clientes du bar s’y sentent à l’aise et les bienvenus.

On s’est rendu compte qu’il y a beaucoup d’isolement et que le bar, comme lieu de convivialité, avait un peu perdu de son esprit d’origine

La clef de la réussite du bar réside dans la participation des convives à rompre la glace et aller vers l’autre.

Édouard Roussel

Hashtags et rencontres

« Ici tout le monde est accueilli par un agent de convivialité, prévient Éloïse. Il ou elle est dédié à l’animation de la soirée. C’est lui qui va expliquer aux clients comment ça se passe ici et proposer quelques rituels qu’on a imaginés ; par exemple remplir un badge de présentation avec trois hashtags pour se décrire et l’astuce c’est que la personne doit demander à quelqu’un du bar de lui coller dans le dos. Ça permet de faire connaissance. » À peine arrivé, je remplis consciencieusement mon badge : je m’invente un surnom (je suis là incognito), choisis mon film préféré (Flashdance, parce que j’ai une passion pour la soudure) et si je préfère qu’on me gage une ‘’action’’ ou une ‘’vérité’’. Avec une application d’élève de CE2, je colorie le thermomètre qui jauge mon level de convivialité : Je suis tiède. Un peu perplexe quoi, y a-t-il vraiment besoin de tous ces subterfuges pour que les gens s’adressent la parole ?  « Non, bien sûr, répond Éloïse, mais on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’isolement et que le bar, comme lieu de convivialité, avait un peu perdu de son esprit d’origine. Notre idée c’est que les timides ou ceux et celles qui voudraient faire de nouvelles connaissances trouvent ici tous les ingrédients ludiques qui facilitent la rencontre. En fait c‘est très simple : on veut que dans notre bar, les gens qui ne se connaissent pas se parlent. »

Et ça marche ! Gaspard, à peine débarqué explique à son voisin de table comment feinter les éthylotests grâce à l’effet venturi. Ces deux-là qui ne s’étaient jamais rencontrés discuteront une bonne heure ensemble. En fait tout le monde joue le jeu, même ceux et celles arrivés en groupe font l’effort de s’ouvrir, d’inclure de parfaits inconnus dans leurs conversations. Une jeune femme m’explique que les pantalons à motif pied-de-poule donnent de la rondeur même aux fesses les plus plates. Un jeune homme me raconte comment LinkedIn est en train de devenir un défouloir de l’hyper-capitalisme vérolé par des coachs en autosatisfaction.

Éloïse Dubuet, gérante du tout nouveau Social Bar à Dijon.

Édouard Roussel

 Shifumi géant !

Il doit être aux alentours de minuit quand Éloïse, debout sur une table décide de lancer un shifumi géant. Le principe : une battle de ‘’pierre-feuille-ciseau’’ entre tous les clients du bar, avec l’obligation de choisir comme premier adversaire un inconnu. Le gagnant remporte 3 coupettes de champagne. Louis, jeune comptable dans un cabinet d’audit me toise du regard : « Toi, je te connais pas, on va jouer ensemble ». Bon, ben d’accord, jouons le jeu. Par une succession d’aberrations statistiques, je me retrouve en finale avec un kop d’une dizaine d’ultras qui éructent mon prénom. Wow ! C’est chaud, si mon cœur était du fromage à raclette, il aurait fondu de bonheur devant autant d’enthousiasme. Par chance plus que par talent, je remporte le game dans un tonitruant éclat de ‘’hourrah’’ alcoolisé.

On veut que les gens soient accueillis comme s’ils arrivaient dans une soirée chez un pote.

Au menu : économie sociale et solidaire.

Ce qui fait la singularité du Social Bar c’est son fort tropisme pour la solidarité. Chaque année, 15% des bénéfices du lieu sont reversés à des associations locales. « On cible surtout des assos à visées sociales plus que culturelles, précise Éloïse. Ça peut être de l’aide à la réinsertion, de l’aide aux migrants. Tous les ans c’est même l’un des devoirs des co-patrons et des co-patronnes de décider en AG quelles associations nous allons soutenir. » Et oui, vous en rêviez, vous aussi vous pouvez devenir une co-patronne ou un co-patron du Social Bar de Dijon : « C’est tout simple, continue Éloïse, il suffit d’acheter une action du bar (à 112,5€ sur la plateforme lita.co), ça permet de toucher des dividendes chaque année et de voter à nos assemblées générales. » Avouez, c’est quand même nettement plus utile que de spéculer sur du bitcoin ou investir sur des portraits de singes rigolos en NFT. Mais le Social Bar ne compte pas s’arrêter là : « C’est une idée que nous a suggéré la directrice de la maison des assos, s’enthousiasme Éloïse. On voudrait organiser des speed datings entre des associations qui cherchent des bénévoles et des gens qui sont prêts à s’engager et à se rendre utile mais qui ne savent pas exactement dans quelles initiatives. »

Engagement et enjaillement

Ces aspirations font écho au parcours de la jeune femme. A priori rien ne prédestinait Éloïse à ouvrir un bar à Dijon. « J’ai fait des études d’ingénieur en matériaux et après je travaillais dans le développement des câbles en fibre optique pour l’aéronautique en banlieue parisienne. C’est là-bas que j’ai commencé à fréquenter le Social Bar, j’en suis même devenue l’une des co-patronnes. Pendant le premier confinement j’animais les apéros visio pour que le bar garde un contact virtuel avec ses clients. C’est d’ailleurs un peu le confinement qui m’a donné envie de me lancer. Je trouvais que mon métier n’avait pas suffisamment de sens pour moi. Je voulais faire quelque chose d’utile. J’avais envie de changement, de m’engager dans un projet ou je pourrais aider les autres. Et c’est là que les gérants du Social Bar m’ont proposé d’en ouvrir un où je voulais. Bourguignonne d’origine, j’ai proposé Dijon. Ils m’ont dit banco ! ». Plus de masques, plus de pass et donc plus d’excuses pour continuer à pratiquer l’art finlandais du Kalsarikännit (c’est-à-dire : se prendre une cuite en caleçon chez soi). Le Social Bar va vous réapprendre les usages de la convivialité et de la solidarité.

Texte et photos : Édouard Roussel

Ouvert depuis le 10 mars dernier, le Social Bar profite de la tombée des masques pour offrir une ambiance décontractée.

Édouard Roussel

D’AUTRES ARTICLES À DÉCOUVRIR