800 mètres carrés, une grande boutique, des ateliers, une menuiserie, une bibliothèque, des espaces de stockage, une grande cour… Fred Ramette nous fait visiter la deuxième et toute nouvelle boutique de la Recyclade à Dijon, dans le quartier Montmuzard, ouverte en octobre dernier après celle des Bourroches en 2017. Le lieu, une ancienne laiterie dans les années 50, est énorme. Occupé depuis peu, il est déjà plein comme un œuf d’affaires à trier, à réparer, à vendre, à donner, et de gens qui s’affairent.
Fred Ramette, le directeur de la Recyclade, dans la toute nouvelle boutique du quartier Montmuzard.
Mathilde Leconte
Fred, c’est le fondateur et le directeur de la Recyclade. Cet ancien ingénieur et chef d’entreprise n’avait pas prévu d’ouvrir une recyclerie. « À 50 ans, licenciement économique. À cet âge-là les recruteurs ne vous regardent plus. Trop diplômé, soi-disant trop qualifié… Bref, je me suis dit que j’allais créer mon emploi moi-même et me rendre utile ». Fred s’intéresse de près à toutes les ressourceries qui s’ouvrent en France au milieu des années 2010, ces lieux où on essaie de créer une activité économique en valorisant les objets promis à la déchetterie. « Je suis revenu à Dijon, ma ville d’origine, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait rien dans ce genre-là. J’ai fait le tour des ressourceries/recycleries de France, analysé ce qui marchait et ce qui ne marchait pas, consulté les institutions locales, etc. Ça m’a pris 2 ans et demi, et on a ouvert la première boutique en 2017. Au début, on n’avait même pas une vision à un mois, mais depuis ça marche ».
Économiquement, ça fonctionne, et ça permet de faire rouler le projet global qui est aussi social et environnemental.
La Recyclade à Dijon, c’est l’exemple même de la recyclerie qui marche. Seulement 3 ans d’existence et déjà 3 emplois pérennes, bientôt 4, une boutique, une trentaine de bénévoles, près de 4.000 adhérents/clients réguliers, 25 tonnes de matos vendus par ans…
L’association est presque totalement autosuffisante. « On a une convention avec la Métropole dijonnaise, un peu d’aide du département et de la ville mais ça représente très peu à l’échelle de notre budget. »
« Le principe est simple, une boutique doit pouvoir générer assez pour 2 salaires et le loyer, c’est ça le modèle », nous explique Fred. L’idée n’est pas de monter un énorme lieu mais plutôt des recyclades de quartiers. Un réseau de boutiques à taille humaine qui auraient leur place dans la vie d’un territoire à l’échelle du quartier.
L’objectif, à terme, est de proposer des recycleries dans plusieurs quartiers de Dijon.
Mathilde Leconte
Un lieu de partage et de formation.
« On redonne vie aux objets. Le principe, c’est de jeter moins de déchets, de montrer qu’ils peuvent avoir de la valeur, alors qu’est-ce qu’on en fait ? » Laurence Favier est valoriste à la Recyclade. Elle bossait dans les médias, rien à voir, mais avait envie de redonner du sens à ce qu’elle faisait. « Je voulais ouvrir une recyclerie. Quand j’ai appris que Fred était en train d’en monter une je me suis très vite investie dans le projet ». Salariée depuis près de 3 ans, elle collecte, trie, répare, organise la boutique bien achalandée avec l’aide de bénévoles. « J’étais déjà bricoleuse à la base, mais j’ai appris plein de trucs ici, je me suis formée sur le tas, avec Michel entre autres ». Michel, c’est le Mac Gyver de la Recyclade. Ce mec sait TOUT réparer. Une cafetière, une plaque chauffante, un congel’… Il file le coup de patte depuis le début et transmet son savoir-faire. Aux bénévoles comme au public lambda que ça intéresse.
Car la Recyclable, c’est un lieu où valoriser les vieux objets, mais aussi un lieu de partage et de formation. Des ateliers pour customiser ses meubles, des ateliers couture, des ateliers pour monter des meubles en palettes, des cafés-réparation en pagaille… On peut y rencontrer des artisans invités qui filent quelques tuyaux. On vient ici pour les bonnes affaires mais aussi pour apprendre. Et se rencontrer, entre les habitués du quartier, les clients, les bénévoles, les salariés, les jeunes en formation. « On travaille même avec l’association Trisomie 21 ou l’Acodège pour que des jeunes en difficulté puissent se mettre le pied à l’étrier », détaille Fred, le directeur.
Laurence Favier travaillait dans les médias auparavant. Aujourd’hui, elle est valoriste à la Recyclade.
Mathilde Leconte
« On va encore faire plein de trucs »
La Recyclade n’est pas une entreprise d’insertion mais joue un rôle non négligeable dans les relations sociales des Dijonnais en général et des habitants du quartier en particulier. « On a aussi une bricothèque. On loue du matériel de bricolage à petit prix. Ça évite d’en acheter, on mutualise et ça marche bien », précise Laurence.
Alors on les retrouve dans leur boutique des Bourroches et aussi dans leur nouvelle boutique de la rue de l’Est pour déposer vos affaires, apprendre à bricoler vous-même, mais aussi chiner des bons plans fringues, meubles, disques, bouquins, électroménagers, hifi… « Dès qu’on pourra, on fera des grandes braderies littéraires dans la cour avec des bouquins à 10 centimes pièce, on ouvrira l’atelier de menuiserie au public, on… on va encore faire plein de trucs quoi. Et embaucher dès qu’on peut ». Fred est déjà braqué sur le futur mais le mot de la fin revient à Laurence : « Avec le Covid, on a perdu pas mal de bénévoles qui n’osent plus venir. Donc pour tous ceux qui veulent filer un coup de main, même s’ils ne savent pas bricoler, il y a plein d’autres choses à faire. On est un peu victime de notre succès. On collecte beaucoup, on vend beaucoup, mais on a toujours besoin de place, de gérer les stocks, et de petites mains ». Dans une ambiance des plus détendues et utiles. Le message est passé.
Texte : Antoine Gauthier
Photos : Mathilde Leconte