Reportage

Les Z’ateliers Repar‘Café : ça ne coûte pas plus cher de réparer

Une véritable dreamteam de la réparation à disposition des usagers de la commune

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Ça pourrait commencer comme une chanson de Boris Vian : un frigidaire, un joli scoutaire, un atomixère et du dunlopillo. Sauf qu’au centre Bachelard de Marsannay-La-Côte on voit passer davantage de machines à café, robots ménagers et autres lecteurs DVD. Une autre époque certes, mais toujours le même problème : la bataille qui fait rage contre l’obsolence programmée. Il semblerait que l’équipe du centre ait décidé de monter au front, avec leurs Z’ateliers Répar’Café.

Apparemment je ne suis pas le seul à avoir entendu parler des Z’ateliers Repar’Café tellement la salle est comble en ce vendredi soir de printemps. Les bras chargés de cadeaux, les pataras (les habitants de Marsannay NDLR) sont présents, mais pas seulement. Des habitants de Beaune, Nuits-Saint-Georges, Gevrey Chambertin sont aussi de la partie : « Le champ d’action est d’au moins 30 km à la ronde : On leur dit de venir nous voir avant d’aller à la déchetterie et ils le font ! » nous explique Alain, l’agent de liaison et le responsable de cette effervescence. Alain c’est notre monsieur Loyal ; il a une tchatche du tonnerre et propose du café à tout le monde, même s’il est bientôt 18 heures : « Quand les gens arrivent je les accueille, leur propose un café et essaye de comprendre l’origine de la panne pour les orienter vers le réparateur le plus qualifié car moi je ne suis pas bricoleur du tout ! ». Oui, une division verticale du travail comme dans l’industrie, Philippe réparateur et blagueur émérite nous en dit un peu plus sur la deuxième répartition, cette fois-ci horizontale : « Chaque réparateur à ses spécificités, il y en a qui démontent à toute vitesse, d’autres qui sont fortiches en électronique, il y a des informaticiens, des ingénieurs ou tout simplement des bricoleurs ! ». Une véritable dreamteam de la réparation à disposition des usagers de la commune.

L’idée c’est de combattre l’obsolescence programmée avec nos humbles moyens

« On donne la canne à pêche,
pas le poisson ! »,
Philippe donne des indices pour réparer
seul son petit-électroménager

Julien Rouche

Victime de leur succès

Depuis 2019, une soirée et une matinée par trimestre, le centre Bachelard se transforme donc en atelier de réparation géant afin de sauver vos petits appareils du quotidien d’une mort, peut-être non méritée. Ce rendez-vous s’est créé de façon naturelle avec des bricoleurs du village qui avaient du temps à donner et qui ont proposé leur service au centre. Alain les bons tuyaux a juste transformé cette proposition en un rendez-vous récurrent à Bachelard : « Au début l’affluence était timide mais maintenant on est victime de notre succès, parfois on finit à plus de 22 heures mais on essaye toujours de caser tout le monde ». Il faut dire que l’équipe est bien rodée ; une fois la panne identifiée, nos réparateurs regardent s’ils ont le matériel nécessaire pour réparer sur place, si ce n’est pas le cas la pièce sera rapportée le lendemain, voire commandée pour une session ultérieure. Philippe aide les usagers et les fait participer dans une démarche de transmission participative. Alain précise : « C’est comme quand vous emmenez votre enfant chez le pédiatre, on reste avec l’enfant, ce n’est pas du service après-vente ! ». L’idée c’est que l’utilisateur puisse par la suite diagnostiquer la panne et réparer tout seul, Philippe ajoute : « On donne la canne à pêche, pas le poisson ! », une belle analogie qui crée parfois des vocations chez les usagers qui ont envie d’apprendre et pourquoi pas attraper le virus de la réparation et peut-être un jour ouvrir son propre Repar’Café : « On milite pour qu’il y ait plus d’ateliers dans les communes aux alentours, c’est facile à mettre en place, et vu la demande, c’est clairement utile ! ». Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire, quitte à demander quelques tips et astuces à Alain, toujours prêt à aider.

Alain : le roi du café et du diagnostic

Julien Rouche

Recréer du lien

Bien évidemment ces ateliers ont une vertu écologique, comme nous l’explique Corinne, adjointe au maire en charge du développement durable : « L’idée c’est de combattre l’obsolescence programmée avec nos humbles moyens. Il m’est insupportable de voir cette société du tout jetable » mais cela permet aussi en toile de fond de recréer du lien entre les habitants d’une commune : « On fait du lien dans la salle d’attente et cela permet d’écouter aussi les besoins des habitants, notamment sur de futures actions de la commune » ajoute Alain. Une façon de recréer une proximité, d’autant plus que toutes les strates de la population sont représentées : des jeunes couples, des actifs, des retraités et même des enfants ; tout le monde a quelque chose à faire réparer. Marie, venue de Gevrey a apporté son grille-pain vintage avec résistance apparente : un modèle qui appartenait à ses parents et dont elle n’arrive pas à se détacher. « C’est la deuxième fois qu’il lâche mais quand on aime, on ne compte pas », nous lâche-t-elle tout sourire. Après un diagnostic rapide de Philippe, la panne est décelée : « Tout est facile, il faut découper par morceau pour trouver l’origine de la panne. 99 fois sur 100 c’est dans la partie basique que l’on trouve la panne ». Un fil trop près d’une résistance qui chauffe et qui fait tout court-circuiter, fastoche ! En quelques minutes, le grille-pain retrouve ses lettres de noblesse, Next !

Machine à thé récalcitrante, lecteur DVD enrhumé, perceuse fatiguée, tout y passe !

Julien Rouche

Pas dit son dernier mot

Vous l’aurez compris, en plus d’être fun, ce rendez-vous est gratuit et vous permet même de faire des rencontres. Ce soir-là plusieurs kilos d’objets seront sauvés de l’impitoyable déchetterie pour retrouver leur place dans leur foyer : un magnétoscope, une machine à café, un robot mixeur, une imprimante…  autant de produits qui n’ont pas dit leur dernier mot. D’ailleurs nos réparateurs seront présents lors de VYV Festival pour faire des démonstrations de réparations faciles, histoire de tenter le coup tout seul avant d’aller les voir au mois de juillet pour l’ultime session avant les vacances. Avant de partir on demande à Philippe le produit le plus fou qu’il ait vu : « un interphone qui avait pas loin de 100 ans, je n’avais pas vu ce genre d’appareil depuis des lustres ». Comme quoi rien ne se jette, tout se répare.

Texte & Photos : Julien Rouche 

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